Introduction

Un problème très important n’a pas encore retenu l’attention des créatifs culturels. Il concerne la santé mondiale et le rôle officiel qui devrait être reconnu aux médecines traditionnelles de tous les continents dans la lutte contre les fléaux sanitaires anciens et nouveaux. Ces médecines intégrées à la culture des peuples détiennent le patrimoine thérapeutique de l’humanité accumulé au fil des millénaires. Malgré cet atout majeur, on continue de les ignorer sur le plan international.

La situation actuelle

Analysons la situation telle qu’elle se présente en ce début du XXI ème siècle. Une évidence s’impose. On peut constater que depuis sa création, l’OMS exerce une hégémonie sur l’ensemble du monde sans que l’on s’interroge sur la légitimité de ses actions et déclarations. Or elle ne représente qu’une seule médecine au caractère dominant et qui repousse dans l’ombre tous les autres savoirs médicaux malgré les initiatives ambiguës ou erronées qu’elle prend de temps en temps en direction de ces savoirs. Mis à part certains aspects positifs qu’il faut lui reconnaître, la réflexion montre que l’OMS recèle pour la santé du monde des dangers aussi préoccupants que l’OMC dans le domaine économique.

Envisageons d’abord les points positifs : l’OMS
–  joue un rôle de sentinelle vis à vis des épidémies qui peuvent surgir en un point ou l’autre de la planète ;
–  mesure l’ampleur des épidémies, leur avance, leur recul et peut susciter rapidement les mobilisations et interventions qui s’imposent ;
–  récolte des données sur l’état sanitaire des diverses contrées du monde.

Aucune critique ne serait à exprimer si l’OMS
–  s’en tenait à ces rôles essentiels
–  et par ailleurs ne considérait pas les limites de ses propres connaissances comme des limites universelles.

Mais son comportement est autre avec les conséquences négatives qui en découlent. Examinons quelques uns de ces points négatifs :

1.les fonctionnaires de l’OMS ignorent les immenses possibilités des autres savoirs médicaux. Ils se permettent cependant de les déprécier et ont voulu reléguer ces savoirs aux « soins de santé primaire » alors qu’ils peuvent prendre en charge les maladies les plus graves. Il en résulte des conséquences dramatiques partout où le choc des cultures n’a pas été maîtrisé ;

2.l’OMS constitue le relais du pouvoir des multinationales pharmaceutiques qui cherchent à imposer dans le monde entier leurs produits chimiques coûteux et trop souvent à caractère iatrogène. D’autre part, elle demeure sans réaction devant le biopiratage pratique par ces laboratoires ;

3.la politique de l’OMS a été à l’origine de désastres sanitaires. On peut citer :
–  l’émergence du paludisme résistant encore plus meurtrier que l’ancien due aux campagnes menées dans toutes les zones d’endémie avec les antipaludéens de synthèse. Ces campagnes ont été pratiquées en ignorant ou écartant toutes les ressources que pouvaient apporter les traitements bien structurés des médecines traditionnelles. Mais elles ont fait le jeu des multinationales pharmaceutiques pour d’amples chiffres d’affaires ;
–  la survenue des tuberculoses multirésistantes largement répandues dans les pays du sud et causés par des traitements standards non adaptés aux réalités locales ;
– les conséquences de diverses campagnes de vaccination menées sans tenir compte des données de l’environnement. L’une d’elles a contribué à l’extension du sida en Afrique de l’est ;
–  le grand retard dans la lutte contre le sida en occultant les résultats acquis par d’autres médecines notamment en Afrique et en Asie.
– Une désinformation grave lorsqu’elle proclame qu’il n’existe aucun traitement pour les épidémies nouvellement apparues (SRAS, Grippe aviaire). L’OMS oublie de préciser qu’il s’agit de sa propre médecine et se dispense d’interroger les autres savoirs médicaux qui pourraient être en mesure de combler les manques.

Ces quelques données montrent les faiblesses et les erreurs d’une institution internationale dont le prestige apparaît bien surfait et serait à réévaluer.

Perspectives d’avenir

Des tâches urgentes devraient mobiliser les créatifs culturels – et les altermondialistes.

-  Réajuster la place de l’OMS dans la politique sanitaire mondiale.
-  Œuvrer activement à la création d’une organisation mondiale des médecines traditionnelles (OMT ou OMTT ?).

Ainsi deviendrait possible sur des bases concrètes et bénéfiques le fonctionnement harmonieux de toutes les médecines du monde pour la santé des populations des pays du Nord et du Sud.

Conclusions

L’ensemble de ces données devraient être mises à l’étude lors du prochain forum social mondial qui doit se tenir à Porto Alegre en Janvier 2005 afin d’élaborer un programme de démarches concrètes. L’état sanitaire mondial doit nous inciter à des décisions innovantes et rapides. La santé constitue un puissant facteur pour le développement durable. Elle appelle la mobilisation des altermondialistes et de tous les citoyens du monde.