Autonomie et économie

Bien que le concept d’autonomie soit aussi vieux que l’histoire de la pensée humaine, nous partageons le souci de Jean Vassileff d’ancrer nos convictions philosophiques et pédagogiques dans la réalité économique d’aujourd’hui. Sa préoccupation était ainsi entre autres d’initialiser et d’accompagner une culture économique chez ses concitoyens.

Et grâce à cette culture nous nous apercevons que la réalité économique est toute autre que l’interprétation qui en est donné par ceux qui profitent amplement de l’abondance économique tout en parlant de crise qu’ils font subir aux autres.

Socio Fondements économiques de l’autonomie

Le phénomène contemporain de l’irruption de l’autonomie dans le champ de la formation s’origine dans un événement historique sans précédent, contemporain, et pourtant pratiquement jamais pris en compte dans les multiples analyses traitant des diverses transformations qui secouent notre époque. Il s’agit du passage, pour les économies développées, d’un état de Rareté à un état d’Abondance économique.

Depuis toujours, l’activité économique (c’est-à-dire production et répartition du produit) s’articule autour du concept de rareté, défini dans son acception économique, par laquelle il désigne un état où les ressources (ensemble des biens et services disponibles) ne couvrent pas les besoins à satisfaire. Dans cette logique là, le problème posé à l’humanité est un problème d’optimisation de la production, puisque, par postulat, les besoins dépassent toujours les ressources.

Cela veut dire :
du côté du problème de la production, on s’efforcera d’accroître les ressources autant que possible.
du côté du problème de la répartition du produit, on devra gérer l’insatisfaction, établir des priorités de besoins à satisfaire, opérer des choix, introduire des discriminations.
Le concept de rareté engendre ainsi une double logique :
celle de l’accroissement de la Production, de la Croissance.
celle de la cruelle, mais réelle fatalité de l’inégalité, de l’injustice.

Or, il existe au sein même de la logique induite de la rareté une sérieuse contradiction : plus la production s’accroît, plus la rareté recule, cédant peu à peu la place à l’idée d’abondance, c’est à dire une situation dans laquelle la quantité de biens et services produits est globalement supérieure aux besoins à satisfaire.

Dès la fin du 18ème siècle, au début de l’ère industrielle, l’économiste anglais Adam Smith, l’un des fondateurs de la Science Economique, prédisait dans « La Richesse des Nations » l’avènement d’un âge d’or pour les nations qui s’engageraient dans la voie tracée par cette science nouvelle. Nous pouvons mesurer qu’il aura fallu à ces nations environ deux siècles pour y parvenir. Dans les pays dits maintenant développés, le génie humain focalisé sur le progrès technique, associé à l’exploitation du Tiers Monde, a permis la constitution d’une puissance de production sans précédent capable de couvrir largement les besoins économiques de leurs habitants.

Un tel évènement, qui touche le fondement économique de la Société, se traduit par une crise institutionnelle, une crise des institutions socio-politiques. Celles-ci, faites pour gérer l’état de Rareté et pour servir les intérêts dominants correspondants, repoussent de leur mieux l’avènement de l’Abondance en entretenant artificiellement les conditions de la Rareté. Parmi les artifices utilisés :

l’exacerbation de la consommation par création de nouveaux besoins, dangereuse pour l’équilibre écologique de la planète ;
l’entretien d’un important volant de chômage.

Cependant, malgré les efforts déployés pour maintenir l’illusion de la Rareté, la réalité de la disparition de celle-ci au profit d’une ère d’Abondance, travaille le psychisme des individus. Leur raison de vivre se transforme. Axée jusque là sur la satisfaction de leurs besoins, elle s’oriente de plus en plus vers l’actualisation de leurs désirs. A la mutation économique Rareté-Abondance correspond la mutation psychologique Besoin-Désir.

Plus précisément, l’abondance libère l’être humain non pas de ses besoins, mais de l’empire que prend sur ses actes la préoccupation d’avoir à les satisfaire. Cela nous conduit à espérer pouvoir organiser notre vie autour d’une marge de liberté plus large.

Notre temps est donc placé sous le signe de l’autonomie personnelle.