Résumé

Le concept «  d’éducation communautaire » a été mis en oeuvre dans un quartier neuf (Villeneuve de Grenoble) mettant en synergie 5 groupes scolaires ( écoles ouvertes ) et un collège expérimental, l’ensemble des partenaires socio-culturels, les parents, certaines associations telle que la Confédération Syndicale des familles. Le projet s’est développé pendant 30 ans et a permis d’engranger de nombreuses expériences concernant le thème de l’atelier. Une brochure « VIVRE A L’ECOLE EN CITOYENS » en témoigne. La ghettoïsation du quartier et l’hostilité administrative provoquent actuellement des régressions alarmantes et en réactions, des tentatives de revitalisation (récent forum éducatif à l’initiative des Unions de quartiers , de l’équipe municipale et de divers militants associatifs).

A Echirolles , un travail sur les HISTOIRES DE VIE de parents d’origine étrangère, à partir d’un dispositif municipal de « VACANCES LECTURE »  a ouvert des pistes très prometteuses pour atteindre des publics généralement exclus du dialogue scolaire et social. Actions reproductibles en d’autres lieux.

Texte de la fiche

1/ A la Villeneuve de Grenoble (quartier de l’Arlequin 9000 habitants)

Idée initiale : l’éducation est l’affaire de tous.  Un décloisonnement des actions éducatives (école, familles, associations, partenaires institutionnels) permet de viser une cohérence dans la mise en œuvre d’une éducation citoyenne ayant pour objectif la responsabilisation de tous les acteurs petits et grands. L’école, en s’ouvrant sur l’environnement physique et social, en impulsant des projets agissant sur cet environnement (si possible pour le transformer) permet de faire vivre le concept de coopération, entre enfants, classes, écoles, entre enseignants (travaillant nécessairement en équipe), entre école et parents (concept de coéducation et pratiques permettant d’éviter l’exclusion , comme les entretiens individuels systématiques).

Cette « expérience » devenue réalisation (pour avoir tenu 30 ans ) permet de donner chair à l’idée de promotion collective.

– A l’école ou ce concept a remplacé celui de promotion individuelle, où la coopération s’est substituée à la compétition, où l’évaluation est formative et se dispense de notes et de classement, où donc se construit une alternative responsable au système dominant néo-libéral et reproducteur des valeurs et de  l’ordre établis.

– Dans le quartier grâce à la vie associative et la synergie créée entre les différents professionnels, grâce au rôle moteur de l’école comme objet de préoccupation rassembleur.

L’expérience a été facilitée par le fait qu’elle s’est développé dans un quartier neuf, conçu par une municipalité ayant des préoccupations de mixité sociale , de changements dans la vie sociale et culturelle des habitants, de décloisonnement des services..

Le projet éducatif, s’appuyant sur des conceptions architecturales « ouvertes » concrètement et symboliquement, a été le fruit d’une vaste initiative citoyenne conduite avant l’ouverture du quartier, grâce à la volonté d’une équipe municipale et l’exceptionnelle (et peu durable) bienveillance des administrations. Il a permis de recruter des professionnels intéressés par un projet éducatif  impliquant (rédigé :« projet de Charte »), travaillé démocratiquement (esquisse d’une démocratie participative).

Néanmoins, en dépit de ses caractéristiques démocratiques, le projet a été imposé à des habitants qui majoritairement souhaitaient simplement se loger. Cependant, une minorité très active a favorisé sa mise en œuvre. Des effets dialectiques ont naturellement joué, provoquant l’évolution des uns, l’hostilité des autres (ainsi, dès le départ, certaines tours peuplées majoritairement de familles de militaires, ont manifesté leur rejet du projet éducatif en mettant les enfants dans les écoles voisines…On avait en effet admis cette possibilité de dérogation.

Les enseignements de cette longue expérience méritent d’être pris en compte, il faut néanmoins souligner son côté exceptionnel qui ne la rend pas intégralement reproductible . En effet, elle a été entreprise alors que se  terminait la période dite des 30 glorieuses et de plein emploi, que 68 imprégnait les esprits (en volonté de changement, d’auto gestion), que la mixité sociale était à peu près contrôlable grâce à une volonté politique.

Ce qui est certain, c’est que l’expérience acquise a armé de nombreux militants qui sont à l’origine de diverses initiatives locales et nationales, qui continuent d’œuvrer pour les décloisonnements, notamment entre les associations et les élus, qui interpellent l’opinion à l’occasion de diverses manifestations publiques et qui, tout naturellement se retrouvent dans les projets de RECIT.

2 /  A Echirolles

L’expérience concernant les Histoires de vie est aussi le fruit d’une action municipale. La volonté de remédier à l’échec scolaires a incité l’institution de « vacances lecture » (pendant les petites vacances scolaires, dans des centre de vacance, en internat). Le projet, bénéficiant de l’expérience acquise au « Centre de Classes Lecture » de la Villeneuve de Grenoble (impulsé par l’Association Française pour la Lecture -AFL) a permis à un ancien instituteur et à l’équipe d’une bibliothèque municipale de mettre en place des activités mi-loisirs classiques, mi-actions intensives autour de l’écrit.

Les enfants en difficulté sont signalés par les écoles. Ils sont inscrits si les parents acceptent un contrat : venir l’avant dernier jour du séjour pour, d’une manière conviviale, assister aux activités et réalisations des enfants. Ceux-ci en sortent revalorisés aux yeux de leur famille). Ce contact a permis d’impulser avec une dizaine de parents, le projet d’écriture de leurs Histoires de vie, afin de produire un écrit affectivement chargé à l’intention de leur enfant.

Ces écrits ont fait l’objet d’un long travail d’échange entre les auteurs (bénévoles)et les parents, avec des effets considérables sur les représentations de ceux-ci sur l’écrit, son rôle, sur l’école, sur les rapports parents-enfants. Ces personnes se sont également senties reconnues en tant que telles et valorisées. Certaines ont connu une évolution, une « émancipation » remarquables.

Le travail d’édition a entraîné des travaux impliquant les mères de famille. Les produits grande de qualité (mise en page, illustration animées par des professionnels payés par la municipalité) ont fait l’objet de plusieurs expositions dans la ville (et en d’autres lieux : une série de panneaux  peut circuler…).

Il est possible de rattacher cette initiative à l’idée d’éducation communautaire où parents élus, professionnels de la lecture publique et de l’animation, militants divers se sont trouvés impliqués. Il manquait… les instituteurs qui se sont majoritairement contentés de consommer le service. L’idée dominante étant qu’une remédiation extérieure doit faire face aux « handicaps » des enfants. Ils n’ont pas ou très peu intégré le travail en « vacances lecture » ni les Histoires de vie dans la vie de leur classe, ce qui aurait permis de valoriser ces enfants, leur redonner confiance. Expérience certainement reproductible.