Nous avons rencontré Enio, philosophe et pasteur, à Porto Alegre lors des échanges dans l’atelier organisé par RECit.

Professeur de philosophie dans une Université très privée et « réactionnaire » de Sao Paulo, il a été suspendu pendant 2 ans de ses fonctions à l’Université pour son appartenance au Mouvement des Sans Terre*. Il a  préparé et soutenu un groupe très organisé de 200 familles sans terre. Cette forme d’action suppose une organisation et une détermination sans faille. Elles ont occupé un terrain de 700 000 m2 (70 ha), qui avait été donné par la municipalité de Sao Paulo à Wolswagen, sans aucune contrepartie du genre création d’emplois, et sans que WW ne paie aucun impôt. Dans la nuit, ils ont édifié en quelques heures des campements de fortune dans lesquels ils se sont installés au nez et à la barbe des autorités : ils ont planté des tentes, enregistré les premières familles. Des milliers d’autres ont suivi. Il y eut de nombreux conflits avec la police militaire. Wolswagen a porté l’affaire en justice, et a gagné. Les familles ont été expulsées vers des bidonvilles ou des favelas. Le terrain a été blindé, on a mis en place un service de sécurité. Enio est allé jusqu’à Genève pour essayer de défendre les droits des gens, sans succès jusqu’à aujourd’hui.

Cette action est très dangereuse. La suspension de l’Université n’est rien pour Enio à côté des risques d’assassinat que de telles actions entraînent : 120 leaders ont déjà été tués, soit par la police, soit par des tueurs commandités par les riches ou les entreprises dont les terrains ont été la cible d’action des sans terre.

L’action militante d’Enio est aussi formatrice :

  • à la fois auprès des institutions sociales et politiques pour y lutter contre le libéralisme, pour appeler l’état à prendre ses responsabilités dans les problèmes sociaux.
  • et auprès des sans terre, en organisant des petits groupes pour développer le sens de la citoyenneté et que les gens soient capables de défendre leurs droits.

*Le Mouvement des Sans Terre : depuis 1975, et plus spécifiquement depuis 1984 (date officielle de sa création), le Mouvement des Sans Terre demande que les terres non exploitées des « fazendeiros » soient attribuées aux paysans. Aujourd’hui, 100 000 familles sont actives au sein du MST soit 500 000 personnes. Il s’agit d’un mouvement social puissant, qui concerne la quasi-totalité des Etats brésiliens, et qui jouit d’une grande popularité urbaine, une popularité relayée par de nombreux mouvements politiques et syndicaux, et par la Commission Pastorale de la Terre (CPT) émanant de la Conférence épiscopale.

Une goutte d’eau dans l’océan, si l’on pense que 4,5 millions de familles restent sans terre et que des dizaines de millions d’hectares, hors Amazonie, sont en friche, dont la surface représente la totalité des terres cultivables de l’Europe des 25.