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Vivre avec zéro euro, le rêve fou de Benjamin Lesage

Par Marion Genevois

 
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Benjamin Lesage voyage et vit sans un sou depuis trois ans pour inspirer « un autre mode de vie ». Il projette aujourd’hui la création d’un « écovillage » en France. Rencontre

Vivre fauché… Mais vivre libre : c’est le pari fou que s’est lancé Benjamin Lesage, 28 ans, depuis plus de trois ans. Partie d’un voyage peu ordinaire, cette pratique illustre désormais son quotidien. Pour cela, le jeune homme a ses astuces, qu’il souhaite partager avec le plus grand nombre.

Une aventure pour inspirer

Tout a commencé en Hollande, dans la grande ville de La Haye, où Benjamin, originaire de Besançon, étudie la communication dans le cadre d’un échange Erasmus. À l’université, il rencontre Nicola, un photographe italien, et Rafael, un jeune Allemand, qui partagent son désir de « changer la société en profondeur ».

En 2009, le trio cosmopolite, un tantinet utopiste, fonde la Locomotive, une organisation dont la mission est « de participer à la création d’un monde meilleur ». Ils multiplient les projets de sensibilisation à l’environnement et de prévention contre le racisme. Une fois leurs études terminées, les trois amis veulent marquer le coup et se lancent un nouveau défi : rejoindre le Mexique en stop, sans argent, et de la manière la plus écologique possible.

« Nous voulions secouer les traditions et les habitudes en entreprenant un voyage d’une nature alternative, tout en minimisant notre impact écologique », explique Benjamin, derrière sa longue barbe noire.

Le but était d’inciter à un nouveau mode de vie. Les trois compagnons en sont sûrs, un autre mode de vie est possible, et ce voyage en sera l’illustration.

Trois sacs à dos, zéro euro

Le trio voyageur entreprend son périple le 19 janvier 2010 au bord d’une route de La Haye, sac à dos chargés sur les épaules, pouces en l’air. Ils partent avec un but précis, mais une infinité de chemins possibles en fonction des rencontres.

Parti les poches vides, Benjamin reconnaît que quelques dépenses ont toutefois été nécessaires avant le départ. Environ 2 000 euros déboursés pour l’équipement, soit 700 euros chacun, puisés dans leurs économies respectives (Benjamin travaillait dans un restaurant en Hollande). Trois sacs solaires écologiques, un panneau solaire repliable (pour recharger les appareils électroniques), trois appareils photo, quelques vêtements, du savon organique écologique et un filtre à eau (qui permet de ne pas utiliser de bouteille en plastique). Pour tout le reste, les trois voyageurs n’ont pas dépensé un sou. Le recyclage alimentaire, la générosité des gens ou l’échange de services leur ont permis de couvrir tous leurs besoins.

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Fidèles à leurs principes écologiques, les voyageurs n’ont pas pris une seule fois l’avion en trois ans. Ils ont effectué tout le voyage en auto-stop ou bateau-stop. Pour la traversée de l’océan Atlantique, un couple de Belges leur a offert le transport en voilier en échange de travail.

Le trio n’a dormi dans aucun hôtel, privilégiant les auberges de jeunesse « en échange de travail », l’hospitalité des gens « en échange d’un service ou par simple générosité », ou le ciel étoilé. « On a dormi dans des parcs, des rues, des stations essence et dans des squats. Le reste du temps, on était sous la tente ou même chez les pompiers, qui avaient toujours un espace pour nous accueillir », raconte Benjamin.

Une vie de « profiteurs » ?

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De cette manière, les trois globe-trotters ont traversé plus de 15 pays et parcouru 18 000 km. Benjamin assure avoir toujours refusé d’utiliser ou de recevoir de l’argent, même en échange de travaux effectués (nettoyage, cuisine, entretien) ou dans les moments difficiles. Les seules dépenses qui ont été faites concernaient le paiement de visas (obligatoires pour traverser certains pays), ou de soins médicaux (Benjamin a dû payer un dentiste).

Un mode de vie qui leur a « ouvert beaucoup de portes », mais a aussi démontré qu’avec ou sans argent, on reste dépendant des autres :

« On nous a parfois reproché d’être des profiteurs. Je l’accepte, car je sais en mon for intérieur que c’est faux, parce que je donne beaucoup en échange. Mais ça atteint tout de même le moral. Je ne suis pas dans cette situation », confie ce grand gaillard.

L’hospitalité des gens leur a par moment été vitale, mais les jeunes voyageurs n’ont pas hésité à prêter main-forte en retour.

Tout au long de leur voyage, ils participent à des manifestations écologiques, repas communautaires, expositions ou conférences, et témoignent de leur expérience.

Le voyage s’arrête, le projet continue

À leur arrivée au Mexique, point de destination final, Rafael rentre en Europe en avion, où il vit désormais sans argent. Nicola, rentré entre-temps en raison de divergences d’opinion sur l’utilisation de l’argent, a repris son mode de vie originel. Benjamin est quant à lui resté deux ans de plus à Mexico avant de rentrer à son tour en avion. Le jeune homme a définitivement vidé ses économies, généreusement léguées à des associations au Mexique.

Créer un village où tout serait gratuit

Attablé dans un café parisien, Benjamin paraît sortir tout droit d’une jungle. Ses longs cheveux et sa barbe noire fournie contrastent avec les clients alentour à l’allure soignée. Sa minceur et ses habits évasés le rendent encore plus grand qu’il n’est. À l’arrivée du serveur, Benjamin ne prend rien. Il a déjà une bouteille d’eau et, surtout, pas un sou en poche.

De retour en Europe, le jeune homme n’a pas failli à sa règle. Zéro euro. Il sillonne toujours les routes, accompagné de sa femme, Yasmine, rencontrée au Mexique. Elle ne vit pas sans argent, mais soutient son initiative. « Elle avait aussi envie de changer de vie », raconte Benjamin.

Avec Rafael, son ancien compagnon de voyage, Nieves, sa compagne, et Lucia, leur enfant, ils prévoient désormais de construire un « écovillage » en France. Benjamin s’explique :

« On recherche un terrain ou un village abandonné, pour créer une sorte de communauté écologique, un espace dédié à l’économie du don ou rien ne s’achèterait, rien ne se vendrait, et tous les services seraient gratuits ». Le village a déjà son nom, Eotopia, « aller vers l’utopie ».

Si le concept en fait douter certains, Benjamin, lui, se veut confiant : « On n’est pas juste une bande de hippies qui veulent vivre dans la nature, on a un projet clair et on sait comment on veut le faire. » La bande d’amis envisage d’établir un habitat coopératif. Le principe est simple : aucun droit de propriété pour quiconque, une convention établira des règles qui pourront être modifiées si l’assemblée générale de la coopérative le souhaite.

Pour l’instant, le projet est à peine sur papier, mais une chose reste sûre : l’argent y sera banni. Eotopia fonctionnera sur un principe de libres échanges, où chacun partagera son savoir et ses services gratuitement.

Pour satisfaire les besoins locaux en nourriture et en énergie, le village expérimentera le concept de « permaculture », qui permettra de produire en autosuffisance.

Un pas de plus vers l’utopie

Utopie ou réalité ? Benjamin veut y croire, mais garde la tête sur les épaules : « Le vol retour vers l’Europe a montré une fois de plus que vivre complètement sans argent est une utopie aujourd’hui. Eduardo Galeano, écrivain uruguayen, disait : “L’utopie est comme l’horizon. Je marche deux pas, l’horizon s’éloigne de deux pas. Je marche dix pas, l’horizon s’éloigne de dix pas. L’horizon est inaccessible. Alors, à quoi sert l’utopie ? À continuer de marcher.” C’est notre idée d’utopie, un monde complètement sans argent. Nous savons maintenant qu’il nous appartient de nous unir et de construire un nouveau système basé sur une économie du don. Tout est déjà là, l’abondance est partout, nous avons juste à partager au lieu de vendre, à donner au lieu de posséder. » Avec ce projet, Benjamin espère inciter plus de gens à le suivre et ainsi avancer sur le chemin de l’utopie.

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Mis à jour le lundi 27 octobre 2014